Exposition universelle de Shanghai

YHC Environnement Exposition universelle de Shanghai

Exceptionnellement dans cette chronique, je prends la liberté de vous relater une expérience tout aussi récente qu’enrichissante à titre de délégué d’une mission commerciale en Chine centrée sur le domaine de l’environnement.

Sur les thèmes de la lutte aux changements climatiques, des technologies vertes et de la protection de l’environnement, la mission commerciale organisée par le ministère du Développement économique, de l’Innovation et de l’Exportation (MDEIE) s’articulait avec la thématique centrale de l’Exposition universelle de Shanghai « Better city, better life ». Cette mission, qui s’est déroulée du 1er au 10 juillet, était composée d’une délégation d’entreprises, de représentants d’organismes et de plusieurs délégués de municipalités québécoises.

Pays fascinant, la Chine l’est certainement à maints égards. Non seulement s’agit-il d’une nation possédant une culture et une histoire tout à fait différentes de la nôtre, mais également d’un pays marqué par une transformation fulgurante de son économie. Cette mission commerciale fut donc pour moi une occasion afin de revisiter la Chine, 22 ans après un premier voyage « initiatique ».

En effet, la Chine évolue et son économie produit à une vitesse extraordinaire. Mais qui aujourd’hui ignore ce phénomène ? Avec les Jeux olympiques de Beijing de 2008 et cette année, l’Exposition universelle de Shanghai, la Chine n’a probablement jamais été autant exposée aux regards curieux du monde entier. On sait que les industries européennes et nord-américaines craignent cette nouvelle Chine qui représente bien sûr une concurrente redoutable. Et pourtant, l’Europe et l’Amérique du Nord réalisent également que cette Chine représente une opportunité économique incroyable.

L’exposition universelle de Shanghai avec sa thématique « Better city, better life » n’aurait pas pu choisir un meilleur thème. En effet, l’environnement est le sujet de l’heure dans les grandes discussions internationales, mais il représente surtout une très grande préoccupation du gouvernement chinois. Cette fois, pas de miracle, la Chine se développe et produit sans relâche avec comme grand perdant l’environnement. Avec la pression démographique d’un pays comptant une population de plus d’un milliard d’individus, on comprend aisément que la protection de l’environnement devienne un enjeu majeur et une urgence pour ce pays.

En effet, l’état de l’environnement constitue probablement le côté le plus périlleux de cette transformation récente et rapide du pays. À première vue, il est difficile d’affirmer si la situation s’est améliorée ou détériorée depuis vingt ans. Il est de notoriété publique que les autorités chinoises ont fourni des efforts importants pour améliorer la qualité de l’air et réduire la pollution atmosphérique de la capitale pour la présentation des Jeux olympiques de 2008. À Beijing, les efforts ont porté leurs fruits et nous avons pu constater, lors de notre visite, que la qualité de l’air était acceptable et ne ressemblait en rien à celle d’avant les Jeux ou d’il y a vingt ans.

Coïncidence ou campagne de sensibilisation, l’exposition universelle de Shanghai traite justement de ce besoin pour le monde et la Chine de créer de « meilleures villes pour une meilleure vie ». Dans le cadre de l’Exposition, les municipalités de la planète ont donc été appelées à présenter des exemples de projets et d’initiatives qui ont justement permis à leurs citoyens d’améliorer leur qualité de vie. Et c’est justement dans un de ces pavillons thématiques sur des « success story » urbains que la Ville de Montréal a été sélectionnée pour présenter à la Chine et au monde entier son projet de réhabilitation du quartier St-Michel et de l’ancienne carrière Miron dont il faut souligner la qualité et l’originalité de la présentation.

Didactiques mais surtout ludiques, les pavillons visités de l’exposition sensibilisent les visiteurs parfois à l’aide d’effets théâtraux dotés de grands moyens. Mais c’est en se servant de l’effervescence de l’exposition universelle que parallèlement, les autorités chinoises semblent vouloir annoncer à sa population, mais aussi au monde, qu’elle entend cerner les problématiques environnementales avec le sérieux qu’on lui connaît. C’est à Nanjing, à l’occasion du Forum thématique sur les changements environnementaux et les responsabilités urbaines* tenu les 3 et 4 juillet, que nous avons pu entendre des grands dirigeants chinois annoncer les priorités du prochain plan quinquennal chinois : l’environnement et les énergies renouvelables.

Quatre cents représentants et spécialistes de l’environnement du monde entier avaient été invités à participer au Forum de Nanjing. Ce fut l’occasion pour les dirigeants des institutions mondiales de l’IPCC et de l’UNEP participantes, de rappeler l’importance de mettre la priorité sur la protection de l’environnement afin de protéger la qualité de vie des prochaines générations et maintenir un équilibre social sur la planète. Mais ce fut de façon significative, une opportunité pour le ministre de l’Environnement de la Chine, pour un professeur responsable de la réalisation du prochain plan quinquennal, pour les maires des villes de Shanghai et de Nanjing ainsi que pour une brochette de grands dirigeants chinois de présenter les enjeux environnementaux du prochain plan quinquennal chinois et de la politique économique du pays.

Le plan quinquennal demeure pour la Chine un outil important sinon essentiel. Autrefois la base d’une économie planifiée, le plan quinquennal chinois a évolué aujourd’hui pour devenir une forme de plan stratégique avec force de loi. Le 11e plan quinquennal (2006- 2010) contenait déjà des objectifs sur la protection de l’environnement et sur les questions énergétiques. Mais selon les informations et les annonces fournies, le 12e plan mettra définitivement l’accent sur ces questions. L’approvisionnement énergétique pose déjà un problème de taille pour la Chine et son économie. En effet, les sources d’énergie sont à la fois limitées et très polluantes puisque la Chine demeure un très grand utilisateur de charbon. Pour répondre aux objectifs environnementaux, le pays devra revoir non seulement la source des énergies mais surtout remodeler la demande et repenser les besoins énergétiques. Pour favoriser les initiatives, les autorités chinoises se préparent à adopter des mécanismes permettant l’innovation technologique et le développement d’un marché du carbone.

La Chine n’entend pas seulement discuter de l’environnement mais se prépare à agir avec détermination pour cerner les problématiques environnementales. Il s’agit d’une bonne nouvelle pour la planète et pour ceux qui ont des idées à développer et à proposer.