Comme ces cordes à linge qui dérangent…

YHC Environnement Comme ces cordes à linge qui dérangent

Ce qui dérange n’est pas acceptable. Cette affirmation aurait pu aussi servir de titre à cette chronique parce qu’en fait, le sujet sera justement d’argumenter sur cette logique de rejeter systématiquement ce qui nous dérange ou plutôt, pour être plus précis, ce qui pourrait potentiellement nous déranger.

Mais rassurez-vous, il ne s’agit pas d’une chronique d’humeur et on se limitera ici, aux sujets qui nous préoccupent, c’est-à-dire l’environnement et l’énergie. Pourtant, le phénomène est rampant et nous aurions pu facilement illustrer le propos avec une multitude d’autres exemples frappants de ce « syndrome social ».

Si nous abordons ce sujet, c’est parce que justement, ce « syndrome » affecte de plus en plus la réalisation et l’avenir de projets intéressants et souvent innovateurs dans le domaine de l’environnement et des énergies renouvelables. En effet, les conséquences de ce « syndrome » amènent certaines personnes à confondre un dérangement potentiel avec un danger pour la sécurité ou la santé des personnes. La distinction entre le dérangement et un danger est la suivante : Pour les individus, un danger est une réalité qui concerne la santé et la sécurité alors que le dérangement est plutôt une réalité qui touche « la sainte paix » 1 . Le droit à la « sainte paix » est important et mérite d’être respecté. La protection de la sécurité et la santé des individus est une obligation légale sinon morale.

Prenons un exemple banal mais simple à comprendre et, pour ne pointer personne, loin de chez nous. En Californie, lorsque des citoyens et des municipalités s’opposent à l’installation de cordes à linge pour le séchage des vêtements, la base de cette opposition est la « sainte paix » visuelle des citoyens. Les cordes à linge dérangent la vue et les notions d’esthétisme de certains. En contrepartie de cette restriction sur les cordes à linge, la population est alors obligée de consommer de l’énergie rare, chère et très certainement beaucoup plus polluante que le vent et le soleil. Et les citoyens plus démunis sont alors obligés de payer pour une énergie qu’ils auraient pu consommer gratuitement. Mais entendons-nous, personne ne pourra affirmer que les cordes à linge chargées de beaux vêtements ou de torchons laids constituent un danger pour la santé des citoyens.

Autre exemple, la vue d’éoliennes à un kilomètre ou même à 500 mètres constitue un dérangement qui pour certains n’est pas acceptable. La vue de panneaux solaires sur les toits ou dans les champs, comme les cordes à linge, paraîtra également laide et inacceptable à certaines personnes. Cette opinion sur le « dérangement » subi est compréhensible et se défend. Certaines sociétés et certains pays européens ou ailleurs dans le monde ont fait le choix d’adopter une attitude de tolérance et des règles vis-à-vis ce qui est considéré comme des dérangements pour, en contrepartie, retirer des bénéfices pour la population en général, c’est-à-dire exploiter le plus possible des énergies propres, renouvelables mais parfois dérangeantes.

C’est lorsque les citoyens se mettent à confondre volontairement ou involontairement la notion du dérangement avec celle du danger que le syndrome du « ce qui dérange n’est pas acceptable » se propage. Avec ce glissement étymologique du dérangement que l’on fait apparaître comme un danger, on alimente ainsi les oppositions en permettant une radicalisation inappropriée des opinions. Une partie de la population peut « prendre peur » et s’opposer alors à un projet pour les mauvaises raisons. D’ailleurs, il est frappant de remarquer les « patterns » dans les confrontations pour ou contre la réalisation de projets. Les opposants se présentent presque toujours comme des « victimes » alors que les promoteurs se considèrent comme des « incompris ».

Le problème dans ce schéma, est que les opposants se présentant comme des victimes confondent systématiquement les dérangements et les dangers. Stratégie ou non, ce type de situation et de confrontation conduit les opposants à rejeter et à éliminer toute possibilité qu’un dérangement potentiel devienne une réalité, peu importe les bénéfices environnementaux, sociaux ou économiques que ce projet « dérangeant » procurera. Or, cette situation nous oblige, les décideurs ou les promoteurs, à se poser les questions suivantes :

• Doit-un empêcher la réalisation d’un projet parce qu’il dérange ?
• Que doit faire le promoteur pour que le projet soit acceptable ?

De l’autre côté, les promoteurs sont légalement et légitimement obligés de fournir des informations pour présenter et expliquer un projet ainsi que de décrire les impacts anticipés. Plus important encore, les promoteurs doivent proposer et présenter des mesures de mitigations pour éliminer ou diminuer ces impacts. Sur les questions de santé et de sécurité pour la population, les projets doivent rigoureusement respecter la loi, les règlementations et les normes prescrites. Sur les questions de dérangement et de nuisance, les projets doivent également respecter la loi, les règlementations et les normes prescrites.

Mais en bout de ligne, la question principale demeure pour les promoteurs et les autorités décisionnelles : Un projet doit-il être acceptable ou bien accepté disons, par la majorité de ses riverains ?

Pas de solutions miracles
Pour les autorités ou les décideurs, qu’ils soient municipaux ou autres, un des seuls remèdes est la rigueur. Les points portant sur les dangers et les risques d’un projet doivent être systématiquement traités. Les questions sur les dérangements et la notion de « sainte paix » nécessitent une attention et un traitement juste. Mais ce n’est pas parce qu’un projet dérange qu’il n’est pas acceptable. Ça prend du courage aujourd’hui pour bâtir et défendre des projets, quels qu’ils soient. Les opposants sont légions et les motifs invoqués sont infinis. La rigueur et la bonne foi font trop souvent défaut et la stratégie de plus en plus utilisée de « la fin justifie les moyens », prend une forme dangereuse.


1 « La Sainte paix », Pierre Foglia, La Presse, 18 septembre 2010. « Je suis dans le droit des individus à la sainte paix, et aussi dans leur droit d”être entendus et justement dédommagés quand la sainte paix leur est niée. Parfois pour de très bonnes raisons. Parfois au nom des intérêts supérieurs de la nation. »